Jessye-Ella-Ekogha

Corruption de la presse au Gabon : Des patrons de médias exigent des pots-de-vin

Des patrons de la presse gabonaise ont pris l’habitude de se faire payer pour communiquer et non pour informer. L’affaire avait éclaté pendant le procès de l’ancien porte-parole de la Présidence de la République, Ike Ngouoni. Ce dernier finançait des médias et des patrons de médias pour faire de la propagande au profit de l’ancien directeur de cabinet du président Ali Bongo, Brice Laccruche Alihanga (BLA) et de ses proches.

Les organes recevaient alors 1 million FCFA chacun. Les responsables d’association de la presse avaient, quant à eux, une autre fiche de paiement à remplir. Télesphore Obame Ngomo et François Ndjimbi, tous deux leaders de l’Organisation patronale des médias du Gabon (OPAM), percevaient tous les mois 5 millions FCFA (7628 $) chacun. À cela s’ajoutent les frais de couverture des activités menées par BLA, soit 2 millions FCFA par province visitée.

La fin d’une manne, le désert financier chez les médias corrompus

Ike Ngouoni a finalement été démis de ses fonctions parce qu’il détournait des deniers publics pour assurer les paiements à la presse. Il a été condamné le mois dernier à 8 ans de prison ferme par la justice gabonaise. Après son éviction, un nouveau porte-parole a pris place à la Présidence. Il s’agit de Jessye Ella Ekogha. Celui-ci a révoqué tous les contrats de financement de la presse qu’avait officieusement passés son prédécesseur. Son mode d’action : ne verser aucun pot-de-vin aux médias.

Les organes et les patrons d’organe qui percevaient des salaires chez Ike Ngouoni n’ont pas voulu l’entendre de cette oreille. La tradition devait se perpétuer et la manne devait continuer à tomber. Des responsables d’associations de presse telles que OPAM, UPPIG (Union des patrons de la presse indépendante du Gabon) et CPPL (Cercle des patrons de la presse en ligne) ont donc décidé de faire front pour remplacer le nouveau venu. Ils procèdent de deux manières : diffamer le pouvoir en place via leurs tribunes et médias ; et clamer partout que la communication gouvernementale est de mauvaise qualité. Ces différentes actions visent à contraindre Jessye Ella Ekogha à renouveler les contrats passés avec son prédécesseur. Elles ont également pour objectif, au cas où le premier but ne serait pas atteint, de le faire démettre de ses fonctions par le chef de l’État.

Un pari perdu

Dans les deux cas, force est de constater que le combat semble déjà perdu. L’actuel porte-parole de la Présidence restera ferme sur sa position. Le chef de l’État a fait de la lutte contre la corruption, son arme de développement. Tous ses collaborateurs doivent donc donner l’exemple. Celui qui se hasarderait à faire usage de cette pratique sera immédiatement renvoyé et poursuivi par la justice. Une évidence qui en prouve une autre : Jessye Ella Ekogha continue d’occuper son poste parce que le président Bongo s’est assuré qu’il ne plongera pas dans les affaires qui ont conduit son prédécesseur en prison.

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