Ebomaf menace de poursuivre la Guinée-Conakry

L’Entreprise Bonkoungou Mahamadou et Fils (Ebomaf) a perdu plus de 99 millions d’euros dans des projets routiers en Guinée-Conakry. C’est ce qu’a révélé le Président-directeur général du groupe, Mahamadou Bounkongou. Il déclare avoir été victime d’un abus de confiance de la part des autorités du pays. L’Etat guinéen « n’a pas respecté ses engagements » fait-il savoir. C’est pour cette raison qu’il a menacé de poursuivre le pays en justice.

L’affaire remonte à 2012. Ebomaf avait proposé au gouvernement guinéen d’alors d’exécuter des travaux routiers. Le ministre des travaux publics de l’époque, Ousmane Ba, avait exigé des preuves de l’expérience et de l’expertise de l’entreprise. Après que celles-ci avaient été vérifiées, le gouvernement de l’ancien président, Alpha Condé, avait conclu deux accords avec Ebomaf.

L’un d’eux portait sur la construction de la route Kankan-Kissidougou (194 km) pour un coût de 305 millions d’euros. Kankan et Kissidougou sont deux zones agricoles majeures de la Guinée. La construction de la route devant les relier était devenue une priorité absolue pour le gouvernement. Le second accord portait sur la construction de la route Kankan-Mandiana pour un coût de 184 millions d’euros. Ebomaf détenait la totalité du projet Kankan-Kissidougou. Elle partageait le second projet, Kankan-Mandiana, avec l’entreprise Guiter. Elle détenait toutefois 51 % de ce dernier projet. D’après le PDG d’Ebomaf, « Guiter est une société qui n’a aucune expérience dans les grands travaux. Il nous revenait donc de travailler avec elle et la former pour l’exécution des travaux ». 

Après avoir conclu ces accords, Ebomaf devait mobiliser les fonds auprès des institutions financières, partenaires. Figurait parmi ces dernières, la Banque d’investissement de la Cedeao, la BIDC. Les fonds devraient être empruntés par Ebomaf sous la garantie souveraine de l’Etat guinéen. L’Etat guinéen n’avait finalement donné qu’une garantie de 65 millions d’euros sur les 500 millions d’euros prévus. Notons que Ebomaf avait déjà acquis des équipements pour l’exécution des deux projets. « Nous avons investi 45 à 50 millions d’euros dans l’équipement acheminé du port de Conakry à Kankan » déclare le PDG.

Le jour du lancement officiel des travaux, la présidence guinéenne avait annoncé qu’elle ne voulait plus entériner les travaux du projet Kankan-Mandiana. Ce même jour, le PDG d’Ebomaf avait été convoqué par le ministre guinéen des Finances de l’époque, Mohamed Diané. Ce dernier lui avait demandé de diviser le projet Kankan-Kissidougou, qui appartenait entièrement à Ebomaf, en deux marchés. Un premier marché d’une tranche franche de 65 millions d’euros et un second d’une tranche opérationnelle de 240 millions d’euros.

Mahamadou Bounkongou avait alors refusé cette offre. Il avait par la suite appris que l’entreprise Guiter avait démarré les travaux de la route Kankan-Mandiana sans qu’Ebomaf ne soit alertée. « Ce n’est pas juridiquement acceptable » a déploré Mahamadou Bounkongou. Ebomaf a fini par signer la tranche franche de 65 millions d’euros proposée par le ministre Diané. Elle avait ensuite exécuté les travaux conformément à cette tranche, soit 20 km de route construite sur les 194 km. Puis, elle avait enlevé tous ses équipements et engins de la Guinée Conakry, face au double jeu du gouvernement.

Les pertes subies par l’entreprise sont, entre autres, issues de l’acquisition des équipements pour la réalisation simultanée des deux projets m routiers. Ebomaf avait investi en attendant que l’Etat guinéen tienne ses engagements, mais ce dernier ne l’avait plus fait. Des médias locaux ont estimé que les relations qu’entretiennent le PDG d’Ebomaf et l’ancien président Alpha Condé s’en seraient détériorées. Mahamadou Bounkongou a démenti ces allégations et a déclaré qu’il n’y a rien.

Ebomaf est une entreprise intervenant dans les secteurs des bâtiments, assurances, banques, industrie, travaux publics, etc. Elle a été créée en septembre 1989. Elle emploie plus de 20 000 personnes. 

 

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